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Lettre ouverte à Barack Obama

 

Lettre-pétition à

Barack Obama,

président des USA

Campagne internationale

pour la libération de

Mumia Abu-Jamal

Monsieur le Président,Lettre ouverte à Barack Obama dans politique pdf Lettre ouverte à Barack Obama

La Cour Suprême des États-Unis vient de rejeter le recours du journaliste

Mumia Abu-Jamal, condamné à mort en 1982 au terme d’un

procès dont l’iniquité est internationalement reconnue.

Cet homme qui ne demande qu’à défendre son innocence se

voit ainsi refuser tout nouveau procès.

Cette décision de la plus haute autorité juridictionnelle constitue une

atteinte aux droits humains les plus élémentaires. Elle bafoue gravement

la Constitution américaine eu égard aux conditions de déroulement

du procès et à la sélection du jury selon des critères raciaux.

La gravité de la situation appelle une intervention de votre

part pour faire respecter les droits de cet homme et empêcher

que l’irréparable ne soit commis.

Aussi, nous vous demandons instamment d’user de votre autorité morale

pour mettre un terme à l’acharnement judiciaire

dont est victime Mumia Abu-Jamal, figure emblématique

du combat universel contre la peine de mort.

L’opportunité vous est donnée de mettre votre pays

en phase avec l’immense espoir soulevé par votre

élection, celui de contribuer à l’éradication de la souffrance

humaine. Et ce sens, il y a urgence à mettre en

oeuvre un moratoire contre la peine de mort comme

vous y invite la Résolution de l’Organisation des Nations

Unies. Une telle décision grandirait assurément

l’image des États-Unis d’Amérique.

YES, YOU CAN, sauver Mumia Abu-Jamal et

abolir la peine de mort !

Espérant sincèrement que vous entendrez cet appel, nous vous

assurons, Monsieur le Président, de nos plus respectueuses salutations.

President Obama,

Death-row inmate Mumia Abu-Jamal lost his bid for a new trial in the killing

of a Philadelphia police offi cer after the U.S. Supreme Court said on April 6,

2009, it would not take up his case.

Abu-Jamal, a former Black Panther and one-time radio reporter, had claimed

prosecutors improperly excluded blacks from the jury that convicted him of

murdering white Philadelphia police offi cer Daniel Faulkner in 1981.

Abu-Jamal’s attorney, Robert R. Bryan of San Francisco, called his client’s trial

“a mockery of justice” and Amnesty International determined, in its 2000 report,

“that (…) based on its review of the trial transcript (…) numerous

aspects of this case clearly failed to meet minimum standards safeguarding

the fairness of legal proceedings (…) and the interests of justice would best

be served by the granting of a new trial to Mumia Abu-Jamal”.

In March 2008, the 3rd U.S. Circuit Court of Appeals in Philadelphia upheld

Abu-Jamal’s conviction but ruled his death sentence invalid.

The appeals court found the jury was given fl awed

instructions during the penalty phase of his trial.

Since Abu-Jamal’s conviction, activists in the United States

and Europe have rallied in support of his claim that he was

the victim of a racist justice system and this case was ‘legal

lynching’. Abu-Jamal, 55, has kept his case in the spotlight

through books and radio broadcasts. He has become

the icon of the world wide movement for the Abolition of

Death Penalty.

As newly-elected President of the UNITED STATES of AMERICA

you have become the icon of the American Dream for

Justice and Equality.

Please help abolish legal lynching and Death Penalty as required

by RESOLUTION passed by the UN in December 2008 which

declared a MORATORIUM on DEATH PENALTY WORLD WIDE.

Le Collectif Unitaire National de soutien à Mumia Abu-Jamal regroupe 80 organisations françaisesVous pouvez vous joindre à cet appel en retournant cette lettre-pétition signée à : Collectif Mumia - 43, boulevard de Magenta – 75010 PARIS

www.mumiabujamal.net

Nom / Name Prénom / Surname

Ville, pays / Town, Country Signature / Signing

YOU CAN MAKE YOUR COUNTRY A BETTER AND FAIRER COUNTRY !

.
 

Soutien à Mumia vu par la presse des USA

Les Français soutiennent toujours Mumia Abu-Jamal ! 

Article de Mary Papenfuss S. F. Chronicle Foreign Service (*) 

  

Paris – Des militants très actifs qui se rassemblent chaque semaine pour soutenir un condamné à mort, crier des slogans, hurler dans les micros et accrocher des banderoles… Cela pourrait être des Californiens de
la Bay Area manifestant avant une exécution mais ils portent des sandalettes, parlent français, se réunissent tout près de
la Seine pour la libération d’un homme qui languit à 6.000 kms de là dans une prison de Pennsylvanie. 

Alors que Mumia Abu-Jamal, âgé de 55 ans, a été proclamé « tueur de flic » à Philadelphie, c’est une « cause célèbre » (NDLR en français dans l’article) en France depuis des années. En 2001, le maire de Paris, Bertrand Delanoë, l’a fait Citoyen d’Honneur, ajoutant le nom de Mumia Abu-Jamal à une liste prestigieuse qui inclut des gens aussi célèbres que Pablo Picasso ou le Dalaï Lama. En 2006, la ville de Saint-Denis, dans la banlieue de Paris, a donné son nom à une rue provoquant l’ire de la ville de Philadelphie qui voulut lui intenter un procès pour ‘délit de déni’ en application d’une loi française datant de 1881. 

A l’automne dernier, l’avocat de Mumia Abu-Jamal, Robert R. Bryan du barreau de San Francisco, a reçu une médaille de la ville de Lyon pour son engagement contre la peine de mort. Lors d’une conférence de presse qu’il tint conjointement avec Danielle Mitterrand, la veuve de l’ancien Président de
la République, François Mitterrand, il s’est entretenu avec Abu-Jamal par téléphone depuis le prestigieux hôtel du XVIIème qui abrite l’hôtel de ville de Lyon. 
Le mois dernier,
la Cour Suprême des Etats-Unis a décidé de ne pas accorder un nouveau procès à Abu-Jamal, condamné en 1982 pour le meurtre d’un policier de Philadelphie, Daniel Faulkner, âgé de 25 ans. La veuve de Faulkner, Maureen, qui vit désormais dans le sud de
la Californie, a dit avoir pleuré en apprenant la décision juridique. « Je suis hantée par ce mouvement pour la libération de Mumia » a-t-elle dit aux journalistes. Ajoutant « Il a pourtant tué mon mari de sang-froid ». 

Son opinion, pas plus que la décision de la Cour Suprême, n’ont découragé les soutiens Européens d’Abu-Jamal dont les rassemblements éclipsent tous ceux qui se tiennent à New York ou San Francisco. En plus de Paris, il s’est vu octroyer le titre de Citoyen d’Honneur dans 20 autres cités, y compris Palerme en Sicile ; il est aussi Membre Honorifique de l’Association Berlinoise des Victimes du régime Nazi. La plupart de ses fidèles soutiens Européens croient que son procès fut injuste et qu’il est innocent. D’autres sont simplement des militants contre la peine de mort. 

Par ailleurs la Biélorussie est le seul pays européen à avoir encore recours à la peine de mort. « Il est innocent » déclare Abdel Chaoui, un habitant de Saint-Denis de 56 ans. «Et même si ce n’était pas le cas il ne devrait pas être exécuté… il a purgé sa peine. » 

Bien que les militants français se mobilisent aussi pour la libération d’autres prisonniers américains – à la manif du mois dernier ils faisaient signer des pétitions pour réclamer un nouveau procès pour Leonard Peltier, le responsable Amérindien condamné à une peine de prison à vie pour le meurtre de deux agents du FBI – aucun autre prisonnier ne galvanise autant l’opinion publique française. Certains observateurs attribuent ce soutien sans faille à Mumia Abu-Jamal à la longue histoire d’amour entre Français et Afro-Américains  qui se sont réfugiés en France pour échapper à la répression américaine raciste ; ce fut le cas de la danseuse de music-hall Joséphine Baker, du chanteur Paul Robeson et du poète Langston Hughes. Beaucoup de militants français jugent les institutions américaines très racistes. 

De plus, selon le professeur de Sciences Politiques de UCLA, Mark Sawyer, Abu-Jamal ‘est un condamné à mort d’une intelligence rare’. ‘L’idée d’enfermer quelqu’un ayant autant de charisme dans le couloir de la mort rappelle le sort de ces philosophes condamnés’. Avant son arrestation Abu-Jamal n’avait pas d’antécédent judiciaire. Il avait été membre du Parti des Panthères Noires et avait travaillé comme journaliste radio. Il était aussi chauffeur de taxi. Il a continué à écrire derrière les barreaux et vient de faire paraître son sixième ouvrage intitulé Jailhouse Lawyers, publié par City Lights Publishers, San Francisco, ce qui en fait une figure emblématique pour tous les abolitionnistes. 

De plus, son avocat de San Francisco est persuadé que le soutien européen aidera son client à  échapper à la peine de mort et lui permettra d’obtenir un nouveau procès. « Le soutien international est crucial. Si les manifestations de soutien à Mumia se font entendre jusque de l’autre côté de l’Atlantique, ceci aura des répercussions majeures » dit-il. Ajoutant, « Les juges sont censés ne pas être influencés par l’opinion publique. Mais ce ne sont pas des machines, heureusement ils restent des êtres humains ». 

Le Cas de Mumia Abu-Jamal. 

Dans le couloir de la mort depuis 1982 pour le meurtre d’un policier de Philadelphie, Mumia Abu-Jamal a bénéficié de nombreux soutiens aussi bien aux  Etats-Unis qu’à l’étranger. Des gens d’Hollywood aussi célèbres que Martin Sheen, Whoopi Goldberg, Michael Moore, Ed Asner et Edwards James Olmos ont plaidé pour qu’il ait un nouveau procès. 

Le groupe de rock américain Rage Against The Machine plaide sa cause dans « 
La Voix des Sans Voix » et l’acteur anglais Colin Firth a réalisé un documentaire sur cette affaire en 2007 intitulé « Toute Ma Vie en Prison. » 
Les défenseurs d’Abu-Jamal disent qu’une autre personne a tiré sur le policier, que son avocat commis d’office était incompétent et que plusieurs témoins sont revenus sur leurs dépositions pendant toutes ces années. En 2000 un rapport d’Amnesty International a conclu que les preuves fournies au tribunal par l’accusation étaient « contradictoires et incomplètes. » 

Mais les partisans de la peine de mort disent qu’Abu-Jamal, né Wesley Cook, a tiré sur le policier, quatre témoins affirmant qu’il a tiré et qu’on a trouvé des douilles des balles de son révolver sur la scène du crime. De plus, la police dit qu’il a avoué son crime pendant qu’il reprenait conscience à l’hôpital. Ce qui est incontestable c’est que le policier, nommé Daniel Faulkner, a arrêté le 9 décembre 1981 une Volkswagen conduite par William Cook, le frère d’Abu-Jamal, pour infraction au code de la route. Faulkner a tout de suite demandé du renfort mais n’a pas survécu à des blessures par balles qui l’avaient atteint au dos et au visage quand les autres policiers sont arrivés sur les lieux. La police a également trouvé Abu-Jamal baignant dans son sang, près du taxi qu’il conduisait, blessé par balles au niveau de la poitrine. Abu-Jamal a toujours dit qu’il a vu Faulkner passer son frère à tabac et que lorsqu’il a voulu lui porter secours le policier lui a tiré dessus. 

Durant ces années, de Cours d’Etat en Cours fédérales, toutes les procédures d’appel ont été déboutées. Les Cours n’ont pas retenu les arguments selon lesquels les témoins s’étaient parjurés et qu’Abu-Jamal avait eu un avocat incompétent. La dernière décision de
la Cour Suprême confirme la décision de
la Cour Fédérale d’Appel en maintenant l’accusation de meurtre et en rejetant l’accusation de racisme dans le choix des jurés lors du procès initial (Abu-Jamal a été condamné à mort par un jury constitué de dix blancs et deux noir). 

L’avocat de San Francisco d’Abu-Jamal, Maître Robert R. Bryan a déposé un autre recours auprès de
la Cour Suprême pour obtenir un nouveau procès et envisage également de faire un nouvel appel sur la base des expertises balistiques. 

La Cour Suprême doit encore examiner la décision de
la Cour fédérale contestant la sentence de mort. Cette décision a, en effet, fait l’objet d’un recours de l’accusation qui en exige l’annulation et l’exécution immédiate du condamné. 

« Tout ceci nous rapproche du bourreau » dit Robert R.Bryan 

Article paru le 17 mai 2009 dans « The San Francisco Chronicle » 

Traduction Claude Guillaumaud-Pujol 

Collectif Unitaire National de soutien à Mumia Abu-Jamal (80 organisations françaises) 

.
 

tract été 2009

Mobilisation générale

pour sauver Mumia !

Journaliste noir américain, Mumia Abu-Jamal a été condamné à mort en 1982 à l’issue d’un procès

truqué. Accusé du meurtre d’un policier, il a toujours crié son innocence. Il est aujourd’hui l’une

des figures emblématiques du combat pour l’abolition universelle de la peine capitale. D’un continent

à l’autre, sa situation suscite une mobilisation continue depuis une quinzaine d’années.

Depuis plus d’un quart de siècle, Mumia Abu-Jamal, condamné à la peine capitale au terme

d’un procès raciste, expéditif et dont l’iniquité est internationalement reconnue, vit dans l’enfer

du couloir de la mort d’une prison de Pennsylvanie.

Depuis plus d’un quart de siècle, la justice états-unienne fait obstacle à la manifestation de

la vérité en refusant de prendre en compte les très nombreux faits et témoignages qui le disculpent.

Depuis plus d’un quart de siècle, Mumia est ainsi privé de son droit élémentaire, légal et

constitutionnel à défendre son innocence.

Les autorités politiques de Pennsylvanie n’ont toujours pas renoncé à assassiner cet homme,

qui n’a commis d’autre crime que de défendre la cause des plus pauvres et des opprimés, de

dénoncer le racisme institutionnel et le crime d’État qu’est la peine de mort, aux États-Unis et

partout dans le monde où ce châtiment inhumain est toujours en vigueur.

Mumia Abu-Jamal ne doit la vie qu’à la mobilisation internationale. Par deux fois, en 1995 et 1999,

il fut l’objet d’une ordonnance d’exécution, mais la puissance de la protestation empêcha l’irréparable.

Mumia est de nouveau en danger de mort

En mars 2008 une Cour d’appel fédérale avait suspendue sa condamnation

à mort (sans que Mumia ne soit autorisé à quitter le couloir de

la mort) au motif que les instructions données au jury lors du procès

de 1982 avaient influencé le verdict et surtout n’étaient pas conformes

au droit. La Cour maintenait toutefois sa culpabilité en refusant tout

nouveau procès.

En avril 2009, la Cour Suprême des États-Unis rejetait l’ultime recours

de sa défense en écartant toute nouvelle instruction eu égard au racisme

qui a présidé aux choix des jurés (récusation massive des candidats

afro-américains), ce qui est pourtant contraire à la Constitution américaine.

Cette décision de la plus haute juridiction est d’une extrême

gravité car elle prive Mumia du droit à défendre son innocence et le

condamne à mourir en prison (VOIR AU VERSO). Pour protester contre

cette décision, des centaines de personnes se sont rassemblées à Paris

devant le Consulat des États-Unis le 22 avril 2009. À cette occasion, notre Collectif Unitaire National

a lancé une campagne internationale afin d’interpeller le Président Obama. Cette initiative prend la

forme d’une lettre-pétition, exigeant justice et liberté pour cet homme innocent. Elle est en ligne sur

Internet : www.mumiabujamal.net. Signez-là, faites-la signer !

Collectif Unitaire National ‘Ensemble, sauvons Mumia

Le Collectif unitaire national regroupe plus de 80 organisations et collectivités françaises. Contact : 43, boulevard de Magenta — 75010 Paris

Appel à la solidarité financière ! Sans argent, il n’y a aucun espoir d’échapper à l’exécution lorsqu’on est condamné à mort aux États-Unis. La défense de Mumia a déjà coûté plus d’un million d’euros, et les procédures en cours nécessitent un engagement financier continuel. Donnez à Mumia les moyens de se défendre, en adressant

vos dons à l’ordre de ‘Mrap Solidarité Mumia’. Un moyen simple pour y contribuer : achetez la brochure ‘L’affaire qui accuse la justice américaine’ (5 euros).

Toute l’actu de la mobilisation pour Mumia est sur le site www.mumiabujamal.net / courriel abujamal@free.fr / 01 53 38 99 99

2009

Ensemble, démultiplions les initiatives de sensibilisation et de soutien à Mumia Abu-Jamal.

Rassemblement chaque mercredi soir de 18 à 20 heures face au Consulat des États-Unis à Paris – Place de la Concorde

.
 

Rapport d’Amnesty International sur le procès de Mumia Abu-Jamal

                                                                                                                                                           AMNESTY INTERNATIONAL           DOCUMENT PUBLIC            SF 00 CO 440 

Section Française  76 Bd de la Villette 

75940 Paris Cedex 19 

ETATS-UNIS D’AMERIQUE : UNE VIE EN JEU 

                                   LE CAS DE MUMIA ABU-JAMAL                                                 (Résumé de AMR 51/01/00) 

INTRODUCTION 

Mumia Abu-Jamal, Noir américain, a été reconnu coupable du meurtre du policier blanc Daniel Faulkner le 9 décembre 1981 et condamné à mort en juillet 1982 à Philadelphie dans l’Etat de Pennsylvanie. Il s’est toujours proclamé innocent et son cas fait l’objet d’une vive controverse aux États-Unis et à l’étranger. Les preuves contradictoires et  incomplètes ne permettent pas à Amnesty International de se prononcer sur la culpabilité ou l’innocence de Mumia Abu-Jamal , ni de le considérer comme un prisonnier politique malgré sa vive préoccupation devant le risque d’injustice dû à l’exploitation politique de cette affaire. 

Mais AI considère que les normes internationales relatives à un procès équitable n’ont pas été respectées et qu’un nouveau procès doit avoir lieu. La procédure d’appel aux tribunaux fédéraux est en cours. C’est  la dernière chance de clarifier cette affaire. Les statistiques montrent que le risque d’erreur judiciaire est loin d’être négligeable lorsqu’il s’agit de peine de mort aux États-Unis. Amnesty International, qui s’oppose à la peine de mort dans tous les cas,  est pourtant  extrêmement sensible à la souffrance des victimes et de leurs familles. Mais la peine de mort est une violation  intolérable des droits fondamentaux de la personne . 

Le cadre: tensions raciales, brutalités et corruption policières à Philadelphie. Cette  affaire survient dans un contexte de grande tension entre les autorités de race blanche et les Afro-américains et autres minorités. Dès 1973 et 1976 les autorités fédérales dénonçaient les abus de la police de Philadelphie et attaquaient en justice le maire, Frank Rizzo, pour son soutien inconditionnel à celle-ci : pendant les huit ans de son mandat le nombre de personnes abattues par des policiers a augmenté de 20% chaque année. 

Le MOVE, une  organisation révolutionnaire d’Afro-américains cristallise toute la violence haineuse de cette police capable de détruire leur siège au bulldozer et même de lancer par hélicoptère une bombe incendiaire sur celui-ci, tuant 11 personnes et détruisant 60 maisons . La police associe (avec raison) Mumia Abu-Jamal au Move, et à cause de son appartenance aux Panthères Noires dans son adolescence, il est surveillé par le service de contre-espionnage du FBI. Il gagne sa vie comme journaliste et chauffeur de taxi à temps partiel . 

Le meurtre par balles du policier Daniel Faulkner  Dans la nuit du 9 décembre 1981, Mumia Abu-Jamal est témoin d’une altercation entre le policier Daniel Faulkner et son frère, William Cook. Lorsque les renforts arrivent, Faulkner est mort et Abu-Jamal a été blessé d’une balle dans la poitrine par l’arme du policier. Sa propre arme, régulièrement détenue, se trouve non loin de lui. 

En raison de son appartenance actuelle au MOVE et de son passé aux Panthères Noires, les  médias se déchaînent contre Mumia Abu-Jamal, et le 7 juin 1982 son procès pour meurtre au premier degré s’ouvre à Philadelphie. 

Le président du tribunal : arbitre indépendant et équitable ? L’impartialité du président du tribunal est une condition essentielle de l’équité d’un procès devant un jury populaire. Dans le cas présent, le juge Sabo était un ancien shérif adjoint du comté de Philadelphie et membre d’associations professionnelles telles que la Fraternité de la Police. Les statistiques, confirmées par une enquête du Philadelphia Inquirer portant sur 35 procès pour homicide, montrent sa sévérité à l’égard des prévenus issus des minorités ethniques et sa tendance à favoriser l’accusation. En  1995, malgré les soupçons de partialité pesant sur lui, le juge Sabo a refusé de se récuser et a présidé un tribunal appelé à statuer sur l’équité du premier procès : il s’est montré ouvertement hostile à la défense dans sa façon de mener les audiences. 

La défense : représentation juridique de Mumia Abu-Jamal durant son procès. Seul un juriste spécialisé et expérimenté est qualifié pour représenter un accusé qui risque la peine de mort aux États-Unis. La Commission Internationale des Juristes et le Comité des Droits de l’Homme des Nations Unies ont tous deux dénoncé l’incompétence des défenseurs désignés d’office pour les accusés indigents aux États-Unis, et en 1982 aucune compétence minimale n’était requise pour cela. 

Mumia Abu-Jamal, mécontent de son avocat commis d’office Anthony Jackson, a demandé à se défendre lui-même, ce qui lui a été accordé dans un premier temps, mais Jackson lui a été imposé comme assistant, contre la volonté des deux intéressés! Le troisième jour du procès, le juge Sabo a accepté la demande de l’accusation et retiré à l’accusé le droit de se représenter lui-même pour la sélection des jurés, malgré les protestations motivées de Jackson. Le juge prétendait que Mumia Abu-Jamal était incompétent, alors que, selon le Philadelphia Inquirer, son attitude au cours des deux premiers jours avait été déterminée, professionnelle et mesurée. C’est aussi l’avis d’A.I., qui a relevé la pertinence de ses questions et la correction de son attitude. 

Après la sélection du jury, l’accusé a repris son rôle de représentant légal. A ce stade, pressentant l’absence d’équité de son procès, il a demandé sans succès à être représenté par John Africa (initiateur du MOVE), et le juge Sabo a également refusé la présence de ce dernier comme conseiller juridique à la table de la défense, bien que les lois de Pennsylvanie l’eussent permis. Les relations entre le président et l’accusé se sont alors fortement détériorées, et peu après, le juge Sabo a interdit à Mumia Abu-Jamal d’être son propre avocat et a nommé à nouveau Jackson pour ce rôle, malgré les protestations de celui-ci, à la fois réticent et mal préparé. Dès le lendemain, l’accusé, déjà privé d’un représentant compétent, était exclu du tribunal par le président. L’agressivité d’Abu-Jamal perturbant les débats, le juge ne pouvait que l’exclure, mais il aurait dû veiller à l’impartialité du procès en son absence, et garantir son droit à participer à sa propre défense. 

Le droit aux ressources nécessaires à une défense adéquate. Au cours des audiences antérieures au procès lui-même, l’inadéquation de la défense d’Abu-Jamal était déjà en germe : le juge Ribner avait refusé d’accorder à la défense les fonds nécessaires pour engager un enquêteur, un légiste et un expert en balistique, ainsi qu’un avocat assistant. Jackson seul ne pouvait même pas étudier les dépositions des 100 témoins entendus au cours de l’enquête, et aucun expert n’est venu contester les thèses de l’accusation. 

Le jury: représentatif, équitable et impartial? La sélection d’un jury impartial formé des pairs de l’accusé est un élément essentiel à l’équité d’un procès; celui-ci aurait dû être délocalisé pour échapper à la passion. Le jury,  y compris les remplaçants, se composait de deux Noirs et quatorze Blancs, alors que la population de Philadelphie comprend 40 % d’Afro-Américains. La sélection des jurés n’a pas été « neutre » du point de vue racial. De plus les jurés ont été traités différemment selon leur couleur, en ce qui concerne les autorisations d’absence. Jenny Dawley, une Noire, et la seule à avoir été choisie pendant que Mumia Abu-Jamal assurait sa propre défense, a été remplacée par un juré blanc, Robert Courchain,  après qu’elle eut « désobéi » au président. Ce juré remplaçant s’était pourtant reconnu probablement incapable de rester impartial malgré ses efforts. Le juré N°11 était l’ami intime d’un policier abattu pendant son service, et le juré N°15, l’épouse d’un officier de police… 

La thèse de l’accusation : trop de questions sans réponse. L’accusation s’appuyait sur trois éléments: la prétendue confession d’Abu-Jamal à l’hôpital, trois 

témoins oculaires, et l’arme d’Abu-Jamal, trouvée sur les lieux du crime. 

                          La « confession » d’Abu-Jamal 

Deux témoins, Priscilla Durham, vigile à l’hôpital, et l’officier de police Gary Bell, coéquipier et meilleur ami de la victime, ont déclaré au procès avoir entendu Mumia Abu-Jamal, en attente de soins à l’hôpital, crier : « J’ai tiré sur ce salaud, et j’espère qu’il va crever ». Les nombreux autres policiers présents ne l’ont pas entendu, sauf Gary Wakshul, dont les déclarations sont par ailleurs contradictoires. Les médecins qui ont soigné Mumia Abu-Jamal ont déclaré que l’accusé était « faible, tout près de s’évanouir ». 

Les trois témoins de cette prétendue confession ne l’ont rapportée qu’en février 1982, plus de deux mois plus tard: pareil délai paraît à peine croyable s’agissant d’un aveu aussi grave. Au cours de sa déposition, Priscilla Durham a prétendu avoir fait le lendemain un rapport donnant lieu à une note manuscrite sur ces événements. Cette note, réclamée par l’accusation à l’hôpital, s’est révélée être dactylographiée sous une forme que Priscilla Durham n’avait jamais vue. Mais le juge l’a acceptée comme preuve. Quant à Gary Wakshul, il a été introuvable pendant le procès, et n’a pas témoigné, et le jury n’a pas été informé de son rapport écrit contredisant ses déclarations orales.  Un chercheur d’Amnesty International a recueilli des éléments tendant à montrer que la « confession » d’Abu-Jamal avait pesé doublement, pour le déclarer coupable, et pour le condamner à mort, car elle montrait qu’il était agressif et insensible. Amnesty International craint que cette « confession » n’ait été inventée, avec pour conséquence une condamnation à mort. 

         Les témoins du meurtre : contradictions et confusion La complexité des accusations et contre-accusations, les témoignages modifiés ou retirés, la crainte que des témoins aient subi de fortes pressions de la part de la police, et que des témoignages aient été délibérément écartés, rendent toute conclusion définitive impossible. 

            Cynthia White et Veronica Jones  Cynthia White, prostituée, a témoigné avoir vu Mumia Abu-Jamal tirer dans le dos de Faulkner, puis lui loger une balle dans la tête. Ses 4 dépositions écrites antérieures au procès se contredisent quant à la taille de l’agresseur, la main qui tenait l’arme, et la position des protagonistes. Délinquante récidiviste fréquemment arrêtée, et en attente de procès à l’époque, elle a reçu un traitement de faveur de la part de la police. Arrêtée en 1987  pour vol à main armée, voies de fait et détention d’armes interdites, elle a été libérée sous caution grâce au témoignage d’un policier et n’a jamais reparu jusqu’à ce qu’elle soit déclarée morte en 1992, ce qui est loin d’être prouvé. 

Une autre prostituée témoin du meurtre, Veronica Jones, a été citée par la défense. Elle a déclaré que la police lui avait promis sa protection si elle confirmait les dires de sa collègue. Mais ce témoignage a eu lieu hors de la présence du jury par décision du juge  Sabo, qui l’a déclaré irrecevable. Devant le jury elle est revenue sur ses premières déclarations indiquant qu’elle avait vu deux inconnus quitter les lieux du crime. En 1996, lors d’une audience en appel, elle a déclaré que cette nouvelle version était consécutive à la visite que lui avaient faite deux policiers en prison, où elle était détenue pour vol et agression : passible de 15 ans de prison elle s’en est tirée avec deux ans de liberté conditionnelle. 

En janvier 1997, une autre ancienne prostituée du même secteur, Pamela Jenkins, a déclaré sous serment connaître Cynthia White, qui lui avait fait part des menaces et du chantage exercés sur elle par le policier Tom Ryan, qui était son amant, pour qu’elle accuse Jamal. Tom Ryan était alors en prison depuis 1996 avec cinq de ses collègues du secteur, condamné pour fabrication de preuves,  vols et faux  rapports. 

            Robert Chobert  Robert Chobert, chauffeur de taxi, était garé à quinze mètres environ de la scène du crime. Il a déclaré avoir levé les yeux en entendant un coup de feu, avoir vu Faulkner tomber et Jamal  debout, tirer sur lui. Mais dans sa première déclaration à la police, le 10 décembre 1981, il avait rapporté les paroles d’un Blanc qui avait vu la scène ainsi : un Noir du MOVE, avec des dreadlocks, avait tiré et s’était enfui. La crédibilité de Chobert est contestable : condamné pour conduite en état d’ivresse et incendie volontaire, il conduisait alors sans permis, et la police ne l’a pas inquiété. Il a déclaré lors d’une audience ultérieure, en 1995, que lors du procès le procureur lui aurait promis de « s’occuper » de son permis. 

Mais le jury n’a jamais été informé de ces faits. 

            Mark Scanlan 

Son témoignage est confus et contradictoire, ce qui s’explique par le fait qu’il avait bu et qu’il se trouvait à plus de 35 mètres de la scène. 

            Les témoins manquants  Selon les avocats d’Abu-Jamal, la défense n’aurait pu interroger d’autres témoins oculaires par manque de ressources ou parce que leurs adresses ne lui avaient pas été  communiquées. Les recherches ultérieures montrent que de nombreux témoins ont vu des inconnus fuir la scène du meurtre. Les conclusions déposées en appel auprès d’une cour fédérale en octobre 1999 résument ces points. 

William Cook, le frère d’Abu-Jamal, qui était évidemment un témoin oculaire, n’a pas témoigné au procès. Il a été condamné pour agression sur Faulkner dans le cadre d’une autre procédure. Aucune de ses déclarations n’est  parvenue à Amnesty International. Il aurait été menacé par la police et empêché de témoigner, et semble avoir disparu. 

            Les preuves balistiques 

Bien que les cinq balles de l’arme d’Abu-Jamal aient été tirées, la police n’a jamais pratiqué de tests sur celle-ci, ni sur les mains de son propriétaire. Pourtant un autre suspect, Arnold Howard, a été soumis à ces tests. Comme indiqué plus haut, la défense n’avait pas les moyens financiers de demander une expertise contradictoire dans ce domaine. Lorsque cela a été possible, en 1992, le légiste expert qui a étudié les rapports médicaux a conclu  que, contrairement à la thèse de l’accusation selon laquelle Faulkner avait tiré sur Jamal  en tombant, la balle qui avait blessé ce dernier avait été tirée de haut en bas, sur Jamal couché ou courbé en deux.  Par ailleurs, le jury n’a jamais été informé que le calibre de la balle retirée du corps de la victime était de 44, alors que la prétendue arme du crime était de calibre 38. Au procès, cette différence n’a pas été clairement abordée. L’absence d’expertise balistique correcte est extrêmement troublante et ne permet pas de conclure valablement, d’autant que les dépositions des témoins oculaires sont sujettes à caution. 

La sentence : condamné à mort pour liberté d’expression ?  Après le prononcé du verdict, la Cour tient généralement une audience spéciale pour décider ou non de la peine de mort. Selon les lois de Pennsylvanie, cette sentence  requiert l’unanimité des jurés. Dans le cas d’Abu-Jamal, cette phase cruciale du procès a été rapidement expédiée, son avocat, Jackson, se montrant totalement inefficace. L’accusation, pour sa part, a fait référence à des déclarations de l’accusé lors de son adolescence (12 ans plus tôt) en tant que membre des Panthères Noires. Le procureur déduisait de ces paroles que l’accusé était prêt à tuer, ce qui, pour un prévenu sans casier judiciaire était totalement déplacé. 

Dans une autre affaire, la Cour Suprême des Etats-Unis a exclu que l’accusation puisse faire allusion aux idées politiques de l’accusé dans ce cadre, car cela viole le Premier Amendement sur la liberté d’expression. Amnesty International abonde dans ce sens. 

L’appel à la Cour Suprême de Pennsylvanie 

Cet appel a été rejeté en 1989. Non seulement la Cour n’a pas retenu l’argument basé sur la référence aux opinions politiques de l’accusé, mais elle n’a pas non plus sanctionné les paroles du procureur minimisant la sentence de mort aux yeux du jury en faisant allusion aux multiples possibilités d’appel. Ce dernier point est d’autant plus troublant que la même cour a pris deux arrêts inverses sur ce sujet, l’un en 1986 et l’autre en 1990.  Concernant le droit d’Abu-Jamal d’assurer sa propre défense, à lui refusé par le juge Sabo, la Cour a statué qu’en tant qu’indigent , l’accusé n’avait pas la liberté de choix de son avocat, qui devait donc lui être désigné d’office. 

Le fait qu’un témoin capital, le policier Wakshul, dont les différentes déclarations sont en flagrante contradiction, ne soit pas venu à la barre, n’a pas été retenu, alors que sa déposition aurait certainement jeté un doute sur la « confession » d’Abu-Jamal.  En raison des liens de plusieurs de ses membres avec les forces de l’ordre, et notamment avec la Fraternité de la Police, et de la participation du Juge Castille, ancien procureur lors d’appels antérieurs d’Abu-Jamal, l’impartialité de la Cour Suprême de Pennsylvanie n’est pas garantie. 

La Fraternité de la Police aux avants-postes pour l’exécution de Mumia Abu-Jamal  La Fraternité de la Police de Philadelphie n’a cessé de faire violemment campagne pour l’exécution d’Abu-Jamal, appelant même au boycott économique de ses partisans. La peine de mort aux Etats-Unis est un enjeu politique et électoral. Les juges, notamment ceux de la Cour Suprême de Pennsylvanie, étant élus, ils hésitent à contrarier l’opinion publique et les forces de l’ordre de crainte de perdre des voix. Au moins 4 membres de la Cour Suprême ont reçu une ou plusieurs distinctions décernées par la Fraternité de la Police et autres associations de policiers. 

Le cas Abu-Jamal est désormais traité par les tribunaux fédéraux, auxquels la loi AEDPA de 1996 interdit de contredire les cours d’appel des Etats, sauf cas très exceptionnel. Il n’est donc pas certain que toutes les irrégularités relevées ci-dessus soient reconnues comme ayant privé Mumia Abu-Jamal d’un jugement équitable. 

Conditions de détention dans le couloir de la mort en Pennsylvanie 

Pierre Sané a visité les couloirs de la mort du Texas et de Pennsylvanie en 1997. Les conditions de détention y sont très mauvaises. Il dit que celui de Pennsylvanie est comme une morgue. Scott Blystone, co-détenu d’Abu-Jamal a été placé comme lui dans les cellules inhumaines utilisées dans la période précédant  l’exécution, et déclare y avoir laissé son âme. Les violences sur les prisonniers sont courantes, accompagnées d’insultes racistes (93% des gardiens sont blancs, et la plupart des prisonniers noirs ou hispaniques). Mumia Abu-Jamal est une cible privilégiée de ces abus, comme en témoigne son nouveau placement en attente d’exécution en octobre 1999, et les atteintes à la confidentialité du courrier venant de ses avocats. 

Conclusion 

Amnesty International est préoccupée par l’acharnement des membres des forces de l’ordre contre Abu-Jamal, et considère son cas comme représentatif des nombreuses dérives du système judiciaire américain en ce qui concerne la peine capitale. Elle demande que son procès, qui n’a pas répondu aux normes internationales d’équité, soit réouvert, loin des passions partisanes de Philadelphie, en conformité avec les garanties universellement reconnues aux accusés, en présence d’observateurs internationaux, et sans qu’il soit possible de requérir à nouveau la mort d’Abu-Jamal. 

Ceci est un résumé de la version anglaise publiée par Amnesty International, Secrétariat International, 1 Easton Street, Londres WC1X 8DJ, Royaume-Uni, sous le titre United States of America, A life in the balance, The case of Mumia Abu Jamal, AMR 51/01/00. Seule la version anglaise fait foi. 

La version française (en condensé)  a été traduite et diffusée aux sections francophones et au Secrétariat International par LE SERVICE DES COORDINATIONS de la SECTION FRANCAISE d’AMNESTY INTERNATIONAL – novembre 2000. 

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Qui est Mumia Abu-Jamal

Qui est Mumia Abu-Jamal ? 
  
Mumia Abu-Jamal, de son vrai nom Wesley Cook est né le 24 Avril 1954 à Philadelphie dans une famille modeste. Le nom de Mumia lui vient de son professeur de Swahili (originaire du Kenya), il prendra le nom d’Abu-Jamal (le père de Jamal) à la naissance de son premier fils.
Très tôt Mumia assume son engagement politique. En 1968, à l’âge de 14 ans, Mumia proteste (avec trois de ses amis) contre la venue de Georges Wallace à Philadelphie. Gouverneur d’Alabama et candidat à la présidence, Wallace était un farouche défenseurs des pratiques ségrégationnistes… Mumia sera tellement battu par la police, qu’à l’hôpital sa mère passera devant lui sans le reconnaître. Suite à cet incident, Mumia se dirige vers le Black Panthers Party et participe à la mise en place d’une section du BPP à Philadelphie. Mumia devient Ministre de l’information et occupe le poste de rédacteur en chef au journal local du Party. L’année suivante Mumia prend part à une campagne pour rebaptiser son lycée (Benjamin Franklin) en Malcolm X High School. C’est à cette époque que le FBI (Federal Bureau of Investigation), alerté par l’événement, ouvrira un dossier au nom de Mumia. Mumia Abu-Jamal participe activement au développement de la section du Party, en tant que rédacteur il se « spécialise » dans les agressions policières (fréquentes à Philadelphie) et les atteintes aux droits constitutionnels des minorités raciales et sociales. Au cours de l’été 1969, Mumia participe à la rédaction du journal national des Black Panthers à Oakland – Californie (ville d’origine des Panthers). Mumia restera 3 ans au sein des Black Panthers.
 
En 1970, Mumia devient chroniqueur et journaliste pour de nombreuses radios (National Black Network,Mutual Black Network, National Public Radio, Associated Press, Radio Information Center for the Blind). Reconnu par ses pairs, il devient responsable de l’Association des journaliste noirs de Philadelphie, et fait
la Une du Philadelphia Inquirer. Cette même année, le FBI ajoute le nom de Mumia Abu-Jamal au National Security Index, ainsi qu’à la liste des personnes à interpeller en priorité en cas d’urgence national (ADEX). Parallèlement aux interviews de personnalités telles que Julius Erving, Bob Marley, Alex Haley, et la couverture d’événements importants (venue du Pape, intervention du Révérant Jesse Jackson), Mumia continue de dénoncer la corruption, les abus de la police de Philadelphie et de son chef Franck Rizzo, en donnant la parole aux gens de la rue, ce qui lui vaudra le surnom de
Voice of the voiceless -
la Voix des sans voix.
 Fidèle à ses principes, Mumia donne la parole aux membres de MOVE, organisation communautaire écologique prônant le respect de
la Vie sous toutes ses formes. Le 8 Août 1978, Mumia couvre le siège de la maison de MOVE (Powelton Village – Philadelphie ouest) par la police de la ville. En janvier 1981 Mumia est désigné comme « une personnalité à suivre » par le journal Philadelphia et se voit remettre un prix par
la Corporation for Public Broadcasting. Mais ses reportages et ses prises de positions en faveur de Move, parfois censurées, sont vivement critiqués par les radios pour lesquelles il travaille. Plutôt que de céder aux pressions et remettre en question son éthique journalistique, Mumia devient  journaliste indépendant et prend un second emploi : chauffeur de taxi de nuit…
 

La nuit du 9 décembre 1981  
Cette nuit vers 4h du matin à l’intersection de Locurst et de la 13eme rue, Mumia revenant d’une course aperçoit son frère William (également chauffeur de taxi) interpellé par un policier : Daniel Faulkner – 25 ans. Le ton monte et Daniel Faulkner frappe william à la tête avec un lampe torche (ce dernier sera gravement blessé). Mumia tente d’intervenir lorsqu’une fusillade éclate. Mumia est touché au foie (par l’arme du policier) et Daniel Faulkner décède une heure après son arrivée à l’hôpital Jefferson. L’arme de Mumia est retrouvé quelques mètres plus loin de l’endroit où il était assis. Lors de son transfert à l’hôpital il sera frappé par les policiers. Ayant été agressé à plusieurs reprises (en tant que taxi), Mumia avait acheté (légalement) une arme.  

  

Le procès 

La cour 
Le procès de Mumia débutera en Juin 1982. La court est présidé par le Juge Albert F. Sabo, ancien sheriff adjoint du comté de Philadelphie pendant 16 ans avant de devenir juge en 1974. Mr Sabo est réputé pour avoir envoyé plus de personne dans le couloir de la mort que n’importe quel juge en activité aux États- Unis (31 au total – 29 appartenaient à des minorités ethniques). De plus, il a été membre du même syndicat que Daniel faulkner : le F.O.P (Fraternal Organization of the Police – premier syndicat de policier aux USA avec plus de 280 000 membres). En 1983, une enquête du barreau de Philadelphie démontre que plus d’un tiers des avocat considèrent que le Juge Sabo n’est pas qualifié pour assurer de telles fonctions. Le procureur, Red Rendell, quant à lui a obtenu la condamnation d’un innocent (pour meurtre – cf. Commonwealth contre Connor). Après 12 années passées en prison, ce même procureur effectua un appel pour obtenir sa libération sur la base de preuves l’innocentant.  Un avocat inexpérimenté Mumia, ne pouvant se permettre financièrement d’engager un avocat, se voit attribuer un jeune avocat commis d’office inexpérimenté en matière de meurtre, Anthony Jackson. Face à l’incompétence de son avocat Mumia demande, le 13 Mai 1982, à se représenter lui même (droit de l’accusé). Ce droit constitutionnel lui sera refusé.  

Le tribunal ne lui ayant accordé que 300$ (devant couvrir ses honoraires pour 6 mois de procès et les expertises), l’avocat de Mumia ne pourra effectué les enquêtes nécessaires ou faire comparaître des experts (balistiques…). En comparaison,
la Police, disposant de moyens importants, effectuera plus 125 entretiens de témoins. A trois reprises, Mr Jackson se voit refuser ses demandes de fonds pour obtenir le témoignages d’experts.
 La sélection du jury 

Le fait que le jury n’ai pas connaissance du cas, par la presse notamment, est un élément essentiel dans le cadre d’un procès juste et équitable. Dans le cas de Mumia Abu-Jamal sur les 80 jurés, seulement 7 n’ont pas entendu parlé de l’affaire (au cours du procès tous les membres du jury étaient assignés à résidence dans un hôtel afin de pas être en contact avec la presse). - Le tribunal refuse que Mumia interroge les candidats sous prétexte que ses questions intimident les jurés et qu’il est trop lent. Il semble, selon certains observateurs, que la véritable raison est que Mumia, en tant que journaliste expérimenté, était en train de créer une impression trop favorable à son égard. 

Une étude du rapport d’audience par Amnesty International démontra que les questions de Mumia étaient pertinentes, et que son attitude envers les candidats n’était ni agressive, ni brutal. Par ailleurs, ses interventions étaient, en terme de temps, semblables à celles du procureur.  - Un des membre du jury définitif est le meilleur ami d’un policier de Philadelphie qui a été blessé en service, puis mis en congé suite à ses blessure. Il a ouvertement admis que son expérience ne ferait pas de lui un juré équitable. 

- Une suppléante est l’épouse d’un policier de Philadelphie. > Anthony Jackson ne fait aucune objection quant à l’impartialité de ces deux jurée.  

- Les jurés noirs sont systématiquement écartés par le procureur, utilisant onze des quinze récusations auxquelles il a  droit. Le jury définitif ne comprenait que deux afro-américains. En 1997, il a été révélé par une cassette vidéo d’entraînement, que cette pratique illégale était enseignée aux procureurs de Philadelphie. En 1986,
la Cour Suprême des Etats-unis a déclaré que l’éviction d’un juré potentiel devait être « raciallement neutre ».
 

- Albert Sabo écarte sommairement une femme noire déjà sélectionnée (Jennie Dawley) et de la remplacer par un homme blanc plus âgé (Robert Courchain). Ce dernier, au cours de la sélection, fait preuve a cinq reprises de partialité : il déclare « inconsciemment je ne pense pas que je pourrais être juste vis-à-vis des deux parties« .
Anthony Jackson demande que Mr Couchain soit exclue pour ce motif. Le juge Sabo refuse la requête de Jackson.
  > La population de Philadelphie est composé à 40 % d’afro-américains; un jury raciallement représentatif de la communauté aurait du inclure au moins 5 personnes noires.  Les éléments contre Mumia Abu-Jamal 

1- La prétendue confession de Mumia Abu-Jamal à l’hôpital
2- Les trois témoins qui affirment avoir vu Mumia Abu-Jamal tirer sur Daniel Faulkner

3- La présence de l’arme de Mumia Abu-Jamal sur les lieux, le procureur affirmant qu’il s’agit de l’arme du crime.
 

1- La confession  Au cours du procès, deux témoins affirment que Mumia à avouer avoir tirer sur Daniel Faulkner : Priscillia Durham (agent de sécurité de l’hôpital) et Gary Bell (officier de police). Mumia aurait déclaré, alors qu’il se faisait soigné, « j’ai tiré sur ce fils de pute et j’espère que ce fils de pute va mourir!« . Gary Bell est le partenaire et le « meilleur ami » de Daniel faulkner, Priscillia Durham a d’abord nié connaître Faulkner, puis a admis avoir discuté avec lui à plusieurs reprises, parfois « devant un café« . Cependant un autre agent de police : Gary Wakshul, qui se trouvait dans le véhicule qui a transporté Mumia à l’hôpital, déclare « nous sommes resté avec l’homme à Jefferson (l’hôpital) jusqu’à ce que nous soyons relevé. Durant tout ce temps, le nègre n’a fait aucun commentaire« . Ce même agent reviens sur sa déposition lors d’un appel en 1995, et affirme avoir entendu les aveux de Mumia Abu-Jamal. Il a déclaré que son retard (13 ans) à témoigner était dû au « traumatisme émotionnel » lié la mort de Daniel Faulkner. 

Les deux autres témoins de la prétendue confession n’ont pas reporté ce qu’ils ont entendu avant février 1982, c’est-à- dire plus de deux mois après la fusillade. Et ce après que Mumia ait signalé avoir été battu au cours de son transfert. Priscillia Durham déclare avoir informé sa supérieure et qu’elles ont rédigé (à la main) une note. Le procureur a ordonné à un officier de retrouver cette note à l’hôpital. Ce dernier est revenu de l’hôpital avec une lettre tapé, que le témoin déclare n’avoir jamais vu auparavant. Bien que l’authenticité de cette lettre n’est pas été avéré, le juge Sabo l’a décrète recevable en déduisant qu »ils ont pris la lettre écrite et l’ont retapé« . 

Aucun des nombreux agents se trouvant à proximité de la chambre de Mumia ne déclarent avoir entendu sa déclaration qu’il aurait pourtant crié. De plus, les médecins qui ont soigné Mumia déclarent dans leurs témoignages qu’ils étaient avec lui à partir de son arrivée et qu’il était « faible…sur le point de s’évanouir« , et qu’ils n’ont entendu aucune déclaration de sa part pouvant être interprétée comme une confession. Au cours de l’audience, l’officier Wakshul est absent, il serait en « congés« . Le jury ne sera jamais informé de sa déclaration : « Durant tout ce temps, le nègre n’a fait aucun commentaire« . Le juge Sabo refusera à la défense d’ajourner l’audience afin de retrouver Wakshul (le procureur avait les coordonnées de Waskshul mais ne les a jamais transmise à la défense). Depuis, l’officier a admis avoir eu une « réunion de préparation » avec le procureur, qui a modifié en personne les dates de vacances du policier. 

2- Les témoins Cynthia white, une prostituée, travaillait dans le quartier la nuit du 9 décembre 1981. Lors du procès elle a témoigné que Mumia a couru jusqu’à Daniel Faulkner, lui a tiré dans le dos puis dans la tête. Préalablement au procès, White a décrit le tireur comme un homme plus petit que Mumia. Au cours de sa 1ere audition elle déclare que « Mumia » tenait l’arme dans sa main gauche. Durant le procès elle a nié savoir dans quelle main se trouvait l’arme, que le schéma qu’elle a réalisé auparavant est incorrect et que la situation (physique) des acteurs avant l’arrivée de Mumia sur les lieux comporte des erreurs. A l’époque du procès Cynthia White purgeait une peine de 18 mois de prison pour prostitution dans le Massachusetts. Elle avait été arrêté à 38 reprises à Philadelphie et 3 de ces affaires étaient en instance à ce même moment (procès). Elle a été arrêté 2 fois après la fusillade (les 12 et 17 décembre). Selon les avocats actuels de Mumia Abu-Jamal, il n’y a pas de traces de poursuites judiciaires relatives à ces arrestations. En 1987, Cynthia White est poursuivi pour vols à mains armés. Le juge la libère sans verser de caution, bien qu’il notifie son lourd passé judiciaire. Douglas Culbreth détective à la police de Philadelphie proteste, on lui répond qu’il s’agit « d’un témoin du Commonwealth dans une affaire très importante« . Depuis Cynthia White a disparu.


Au cours d’un appel en 1997, Pamela Jenkins (cf. les témoins) affirme avoir retrouvé White. Le Ministère public déclare qu’elle est décédée et donne pour preuve un certificat de décès datant de 1992 au nom de Cynthia Williams. Le procureur déclare que les empreintes correspondes. Cependant un examen des enregistrements des empreintes des deux femmes ne montre pas de correspondances. La mort de Cynthia White est donc loin d’être avérée (le corps de Williams / White ayant été incinéré).
  Veronica Jones, également prostituée et témoin de la scène a déclaré que la police a tenté d’acheter son témoignage : « ils ont essayé de me faire dire ce que l’autre fille a dit. Je ne pouvais pas faire çails nous ont dit que l’on pourrait travailler dans le quartier« . Lors de ce témoignage, le juge Sabo fait retirer le jury et décrète que cette preuve est irrecevable. Lors de son témoignage devant le jury, Veronica Jones reviens sur sa 1ere déposition faite à la police. Déposition dans laquelle elle disait avoir vu deux hommes non identifiés quitter la scène du crime. En 1996 lors d’une audition d’appel, Veronica Jones atteste qu’elle a modifié son témoignage suite à la visite de deux officiers de police en prison (où elle était incarcérée pour vol et agression). Au cours d’un témoignage sous serment, Veronica Jones décrit sa rencontre avec les officiers : « Ils m’ont dit que si je témoignait contre Jamal et que si je l’identifiait comme étant le tireur, je n’aurait plus à m’inquiéter pour mes affaires en instance… Le détective m’a menacé en me rappelant que je risquait une longue peine de prison – 15 ans… Je savais que si je faisait quoi que ce soit pour aider la défense de Jamal, je risquerait des années de prison « . Après le procès de Mumia Abu-Jamal, Veronica Jones a été condamné à une peine de 2 ans de probation. Pamela Jenkins, ancienne prostituée qui travaillait dans le quartier en 1981, est apparu en 1997. Dans un témoignage sous serment, elle a déclaré qu’elle connaissait Cynthia White, qui lui aurait dit qu’elle avait peur de la police et qu’ils essayaient de lui faire dire quelque chose à propos de la fusillade. Jenkins était l’informatrice et la maîtresse d’un policier de Philadelphie Tom Ryan. Elle a déclaré « il voulait que je commette un parjure et dise que j’avais vu Jamal tirer sur l’officier de police ». En 1996 Tom Ryan et cinq autres policiers du quartier ont été condamnés pour falsifications de preuves et corruption. 

Robert Chober, un chauffeur de taxi vient de déposer une cliente et se gare à une dizaine de mètre derrière la voiture de Daniel Faulkner. Au 1er coup de feu, Chober est en train d’écrire dans son livre de bord. Il dit avoir vu le tireur de profil. Au cour du procès il déclare que lorsqu’il a levé les yeux il a vu Faulkner tomber et Mumia « positionné derrière lui, tirer à nouveau sur lui« . Cependant le jury n’a pas été informé de la déclaration de Chober faite à la police le 10 décembre 1981, disant que le tireur « apparemment s’enfuyait« . Par ailleurs, il y a de nombreuses divergences entre Mumia Abu-Jamal et la description tireur faite par Chober : vêtements, taille, poids.
A l’époque du procès, Robert Chobert est sous le coup d’une probation pour l’incendie d’une école, ce dont le jury n’est pas informé. Les jurées ignorent également que la nuit du meurtre Chobert exerçait sa profession alors que sa licence de taxi lui avait été retiré. Il ne sera jamais poursuivi…
 

William Singletary, un homme d’affaire qui a été témoin de tout la scène n’a jamais été présenté au jury. En effet, il a déclaré que Mumia Abu-Jamal n’était pas le tireur. Singletary quitte la ville après que la police ait déchiré sa déposition et poussé à en rédiger une autre. Il témoignera de ses pressions en Août 1995.  Mark Scalan, présent sur les lieux a déclaré à plusieurs reprises à la police qu’ils ne savaient pas qui avait tiré sur Daniel faulkner : Mumia ou son frère « je ne sais pas qui avait l’arme. Je ne sais pas qui a tiré« . Sur le schéma de la scène qu’il a réalisé, Mumia Abu-Jamal et Daniel Faulkner se font face lorsque le 1er coup de feu est tiré, ce qui contredit totalement la version de l’accusation. Au cours du procès, Scalan a admis avoir bu ce soir là… William Cook, le frère de Mumia n’a jamais témoigné à aucune audience. Il a donné deux versions différentes des faits  à la police et à la défense en 1995. Cette même année Cook devait témoigné mais ne s’est jamais présenté. Depuis les avocats de Mumia n’ont pu localiser son frère. 

Il semble que plusieurs témoins oculaires n’ont pas été entendu par la défense, à cause du manque de moyens financiers dont disposait Anthony Jackson, le premier avocat de Mumia. Suite aux enquêtes effectuées par la défense actuelle de Mumia, les témoins qui ont été retrouvés affirment avoir vu d’autres personnes s’enfuir des lieux de la fusillade. 

3- Les éléments balistiques  L’arme de Mumia a été retrouvé sur les lieux. Cinq balles étaient manquantes, mais les policiers n’ont fait aucun test (pourtant basiques) consistant à sentir l’arme pour savoir si elle a servi récemment (il est possible de détecter des odeurs de poudre pendant environ cinq heures). Des tests auraient du être réalisé également sur les mains de Mumia, ce qui n’a pas été fait.
A noter que la police a effectué ces mêmes tests sur Arnold Howard, un autre suspect dont le permis de conduire était en la possession de Daniel Faulkner.
 

Le procureur soutien la thèse que Faulkner, après avoir reçu une balle dans le dos, s’est retourné et à fait feu sur Mumia en tombant à terre. Selon cette théorie, la balle qui a atteint Mumia aurait dû avoir une trajectoire ascendante, alors que selon les archives médicales la trajectoire était descendante.  La balle  qui a été retiré du corps de Daniel Faulkner est de calibre 44, alors que l’arme de Mumia est de calibre 38 (deux calibres incompatibles). Cette contradiction notable n’a jamais été exposé aux jurées.
La balle qui a mortellement touché Faulkner semble avoir disparue du dossier…
 

Le verdict
(déclaration de Leonard Weinglass – avocat de Mumia Abu-Jamal – En direct du couloir de la mort)
  Le jury a commencé ses délibérations le vendredi 4 juillet 1982 à midi. Les jurés avaient été isolés dans un hôtel du centre-ville et coupés de leurs familles pendant presque trois semaines. De façon prévisible, ils ont abouti à un verdict avant la fin de la journée. Cependant, ils n’ont pu arriver à leur conclusion sans demander, au bout de plusieurs heures de délibération, de nouveaux renseignements sur les notions de « meurtres au troisième degré » et d’homicide involontaire.  Apparemment, certains jurés étaient troublés par le fait que, même si la thèse du procureur était recevable, l’élément de préméditation manquait, puisque les coups de feu contre le policier, loin de précéder ceux qui ont blessé Mumia sont venus après, donc logiquement comme réaction non préméditée. Personne ne s’attendait à ce qu’un jury divisé entre la thèse du « meurtre au troisième degré » et celle de l’homicide involontaire finisse par voter la peine de mort. 

Pour comprendre les raisons de ce choix, il faut connaître le déroulement de la dernière phase du procès, celle de la détermination de la peine (penalty phase). C’est lors de cette phase que les deux camps ont présenté des arguments sur le choix entre la prison à perpétuité et la peine de mort. Violant ouvertement les droits constitutionnels de Mumia, le procureur a fourni des informations sur son passé politiques en tant que membres du Parti des Black Panthers, douze ans auparavant, ainsi que sur les convictions politiques qu’il professait à l’âge de seize ans. Il ne fait guère de doute que c’est à cause de ses convictions politiques et de son passé militant que Mumia se trouve dans le couloir de la mort. La partie du procès-verbal qui traite de cette phase du procès est un document digne de l’inquisition. Ce spectacle grotesque a commencé quand Mumia s’est levé pour lire une déclaration au jury, exerçant le droit  traditionnel des condamnés avant la proclamation du verdict. Il n’a pas prêté serment en tant que témoin et n’a pas témoigné à la barre. Dans cette déclaration, il a affirmé son innocence et a dénoncé avec éloquence les injustices du procès. Abasourdi par les accusations de Mumia quant à sa conduite du procès, le juge a décidé que Mumia s’était transformé en témoin et pouvait donc être soumis à un interrogatoire devant le jury. Le procureur n’a été que trop heureux de saisir cette occasion.


Première question posée à Mumia : pourquoi ne se levait-il pas lorsque le juge entrait dans la salle ? Cette question, hors de propos et malintentionnée, a été suivie d’une succession rapide de questions de même genre : pourquoi réagissait-il aux décisions du tribunal avec rancoeur ? Pourquoi a t-il crié contre un juge d’appel lorsque celui-ci l’a privé de son droit de se défendre lui-même ? Pourquoi a t-il échangé des propos hostiles avec la cour lors des audiences préliminaires ? Et, comme pour répondre lui-même à ces questions, le procureur a lu à haute voix des passages d’un article de journal, vieux de douze ans sur le parti des Panthères noires, dans lequel Mumia, alors âgé de seize ans, était interviewé (Philadelphia Inquirer – 4 janvier 1970). Sur un ton dramatique, le procureur a demandé à Mumia s’il avait effectivement déclaré que « le pouvoir est au bout du fusil ». Mumia a répondu calmement que ces propos n’étaient pas de lui mais qu’i s’agissait d’une citation bien connue du président Mao Zedong, de
la République populaire de Chine. Sans lui laisser de répit, le procureur a demandé si Mumia se souvenait d’avoir dit, lors de la même interview : « tout le pouvoir au peuple ». Mumia a reconnu ces propos, mais a insisté sur le droit de lire de plus large extraits de l’article afin de placer ses déclarations dans leur contexte. L’article, qui avait été écarté des preuves admissibles jusqu’alors à cause de son caractère préjudiciable, comprenait des références au parti des Panthères noires, à son programme de cantine scolaire, et à son conflit de longue durée avec la police de Philadelphie.

Ayant ainsi dépeint Mumia comme un gauchiste noir devant ce jury presque exclusivement blanc, le procureur a soutenu pour conclure que le passé politique de Mumia et son absence de respect pour le système étaient à l’origine du meurtre du policier. Le jury a donc décidé la peine de mort après avoir été amené à focaliser son attention sur les propos d’un gamin de seize ans, et sans tenir compte du fait que Mumia avait atteint l’âge adulte sans jamais avoir été condamné pour quelque délit que ce soit, qu’il était père de famille et qu’il jouissait du respect et de l’admiration de tous ceux qui le connaissaient.
  Les appels (déclaration de Leonard Weinglass – avocat de Mumia Abu-Jamal – En direct du couloir de la mort) 

L’appel qui a suivi ce verdict a été tout aussi entaché d’irrégularités. Il a fallu un an pour que le juge Sabo se décide enfin à prononcer formellement la sentence de mort. L’avocat assigné à Mumia pour son premier appel n’a rien fait pendant l’année suivante, et a dû être dessaisi par la cour d’appel. Son successeur a eu besoin d’une année pour reconstruire les événements et soumettre au tribunal les documents nécessaires. Une partie de ce travail de reconstruction comprenait une déclaration sous serment du premier avocat de Mumia sur le nombre d’Africains-Américains écartés du jury. Cette déclaration n’a pas été retenue par
la Cour Suprême de Pennsylvanie, sous prétexte que le document avait été rédigé trop tardivement et que l’avocat ne pouvait avoir gardé un souvenir précis des événements. Mumia n’a obtenu de recours sur aucun point. Quatre juges seulement – le minimum exigé – ont signé l’arrêt (Commonwealth contre Abu-Jamal, 1989). L’un d’eux, M. McDermott, aurait dû se récuser puisqu’il s’était personnellement affronté à Mumia lors d’une audience, mais ne l’a pas fait. Le président du tribunal, M. Nix, un Africain-Américain, s’est récusé sans donner d’explication, ainsi qu’un autre juge, M. Larson qui n’a pas fait plus de commentaires sur son choix.

Le jugement, un document de quinze pages au ton particulièrement véhément – qui s’explique peut-être par l’accrochage personnel entre Mumia et le juge McDermott -, a rejeté toutes les thèses de Mumia concernant les vices juridiques et les violations de principes constitutionnels qui ont marqué le procès. Le jugement a notamment entériné la pratique du procureur consistant à rejeter des jurés selon des critères de race, celle du tribunal qui a privé Mumia du droit de se défendre et d’être présent à son procès ainsi que les interrogatoires abusifs de Mme Sanchez* et de Mumia. Le plus remarquable est que le juge a admis l’argument du procureur selon lequel Mumia « bénéficiera d’appel sur appel, d’autant qu’une cassation du jugement est possible, et que par conséquent [la peine de mort] n’est peut-être pas définitive« . Cet argument, qui visait à persuader le jury qu’il n’avait pas besoin de prendre en compte le résultat final de ce choix, avait été explicitement rejeté par
la Cour Suprême des Etats-Unis en 1985 (cf. Caldwell contre Mississippi). Auparavant, et non sans ironie,
la Cour Suprême de Pennsylvanie avait cassé une condamnation fondée sur une plaidoirie du même procureur et utilisant un argument presque identique à celui qu’il a employé dans l’affaire de Mumia (cf. Commonwealth contre Baker – 1986). Le tribunal a préféré ignorer ces deux précédents en confirmant la sentence de mort de Mumia.
  Mumia ne s’en est pas mieux tiré devant
la Cour Suprême des Etats-Unis. Elle a même refuser de considérer son appel (Pennsylvanie contre Abu-Jamal – 1990). Cependant, cette même année, elle a accepté d’entendre et de rendre un jugement favorable à une affaire dans laquelle un membre de l’Aryan Brotherhood (Fraternité Aryenne), une organisation raciste blanche, s’était plaint de ce que le procureur avait fait un usage illégitime de son appartenance politique au moment de la détermination de la peine. Affirmant que le premier amendement de
la Constitution interdit l’usage de telles preuves,
la Cour a cassé sa sentence de mort (cf. Dawson contre Delaware – 1992). Lorsque Mumia a demandé à être inclus dans cet appel, cette requête a été refusé sans commentaires.
 

N’ayant pas réussi à obtenir que
la Cour suprême lui accorde une révision de son procès, Mumia n’avait d’autre recours que de contester le verdict et la sentence par le biais d’une procédure dite de « post-condamnation », en formulant dans ce cadre une requête en Habeas corpus à la fois auprès des tribunaux de Pennsylvanie et des tribunaux fédéraux. Cette procédure diffère d’un appel direct en ce qu’elle doit se limiter à mettre en lumière des éléments non pris en considération et les violations de
la Constitution.
 
Pendant plus d’une décennie, Mumia avait été représenté par des avocats commis d’office et payés par l’Etat. En 1992, ayant épuisé ses appels directs, il a recherché l’aide d’une équipe d’avocats progressistes et libres de tout contrôle étatique. Des fonds ont été collectés grâce à une campagne nationale et internationale menée pas des personnes et groupes décidés à rassembler les ressources nécessaires au financement d’une enquête, des témoins experts, des assistants de recherche, des tests pour contrôler les preuves physiques et les honoraires d’avocat. Pour la première fois, une véritable investigation a été menée sur l’affaire, de nouvelles preuves ont été mises au jour, et plus de 600 pages du dossier constitué par le FBI sur Mumia ont été obtenues du gouvernement fédéral suite à des menaces de poursuite qui ont duré trois ans. Un document de 400 pages préparé par les avocats (Petition and Memorandum of law) a invoqué 22 raisons pour lesquelles un nouveau procès s’imposait. Près de 40 documents et 13 déclarations sous serment par des témoins clés ont appuyé cette démonstration. Fin mai 1995, les amis de Mumia ont annoncé qu’une requête pour demander un nouveau procès serait déposée dans un tribunal de Pennsylvanie le 5 juin 1995. Ayant appris que Mumia avait donc l’intention de saisir un tribunal, le gouverneur Thomas Ridge  – gouverneur républicain nouvellement élu qui avait fait campagne en promettant précisément d’accélérer le rythme des exécutions prévues – s’est engagé dans une course contre la montre pour empêcher le retour au tribunal de Mumia en signant le 1er juin un mandat d’exécution au 17 août 1995. Aucun gouvernement de l’histoire de Pennsylvanie n’avait jamais signé un mandat d’exécution à la veille de l’appel d’un condamné à mort.


Le dossier de Mumia, augmenté d’une requête de report d’exécution en attendant que les procédures en cours soient menées à terme, a été attribué au juge Albert Sabo. Il avait pris sa retraite mais continuait de siéger en tant que senior judge rémunéré à la prestation pour éponger les affaires en surnombre à Philadelphie. Les avocats de Mumia ont plaidé énergiquement que ce juge devait se récuser, et cela pour de nombreuses raisons, notamment son préjugé personnel contre Mumia qui était si évident dans le procès-verbal. Cependant, selon la loi de Pennsylvanie, la question de savoir si un juge est impartial est posée par le juge lui-même et Sabo s’estimait impartial. Il incombait dans à cet ancien sheriff adjoint, membres pendant quatorze ans de
la Fraternal Organization of the Police – une association qui avait fait campagne contre Mumia -, de décider du sort de Mumia.

Il s’est vite avéré que, au cours des treize années écoulées depuis le procès, M Sabo n’avait pas changé. Il a commencé par violer les règles locales accordant à la défense le temps de préparer l’audience en ordonnant que la procédure commence sans délai, avant même que le procureur lui-même puisse répondre à la requête ! Seule une intervention in extremis de
la Cour suprême a pu obliger Sabo à patienter en accordant un bref délai à la défense pour se préparer. Ensuite, il a refusé tout accès aux dossiers du procureur, annulé plusieurs citations à comparaître de témoins, accepté presque toutes les objections formulées par le procureur en refusant toutes celles de la défense et refusé de recevoir les pièces du FBI. Par dessus le marché, il a fait arrêter un avocat de la défense et imposé une amende de 1000$ à un autre.

En dépit de ces entraves, la défense a réussi à faire plusieurs démonstrations : que l’avocat de Mumia lors du procès était inefficace; que les arguments du procureur auraient été bousculés si des témoins experts avaient pu être présentés par la défense; que la prétendue confession de Mumia n’aurait pas été recevable si un certain témoin avait été disponible; que des preuves de l’innocence de Mumia avaient été écartées lorsque des policiers ont intimidé des témoins; et enfin, que des preuves de la culpabilité de l’accusé avaient été obtenues en exerçant certaines pressions sur des témoins. Mais rien de tout cela n’a impressionné le juge. Le 15 Septembre 1995, quatre jours seulement après la clôture de l’audience, Sabo a déposé un jugement de 154 pages dans lequel il refusait chacun des 22 arguments de Mumia en formulant 290 conclusions sur les faits, dont aucune en faveur de la défense.
  Cependant, face à une campagne de soutien sans précédent en faveur de Mumia aux Etats-Unis et à l’étranger, même le juge Sabo n’a pu laisser la procédure d’exécution se poursuivre. Le lundi 7 août 1995, dix jours seulement avant l’exécution prévue, Mumia a bénéficié d’un report. M. Sabo n’avait pas pris une telle décision en quinze années de magistrature. Se confondant en excuses auprès de la veuve de M. Faulkner et des policiers qui avaient assisté à l’audience, le juge annonça solennellement qu’il ne pouvait y avoir d’exécution avant que Mumia n’épuise tous ses appels. 

Développement actuel 
  
Depuis 1995, de nombreux témoignages, en faveur de Mumia Abu-Jamal, sont venus renforcer son dossier. Les pressions policières subies par les témoins et les nombreux vices de procédures sont désormais avérés. Cependant, tous les appels effectués par sa défense ont toujours été rejetés. Mumia se trouve actuellement dans le circuit d’appel fédéral. Le dossier de Mumia est entre les mains d’un juge de cour fédéral William Yohn Jr.. Ce dernier fait attendre depuis juin 2000 une décision : entendre les témoins prêts à dénoncer leur manipulation (y compris Mumia), révision du procès, maintien de la peine de mort, perpétuité.
A ce titre, la défense a remis quatre dossiers, présentants de nouveaux éléments.
Ces rapports: appelés Amicus Briefs, doivent être rédigés par des personnes extérieures à l’affaire, mais concernées de part leurs activités ou leurs compétences juridiques.
Dans le cas de Mumia, il s’agit de :
 

  1. La NAACP de Philadelphie et l’ACLU de Pennsylvanie (organisations anti-racistes et pacifistes).  
  2. Six organisations de juristes :
    la National Lawyers Guild, le Center for Human Rights and Constitutional Law, l’International Association of Democratic Lawyers, le National Conference of Black Lawyers,
    la Prisoners Self Help Legal Clinic et le Southern Poverty Law Center.
     
  3. Un groupe de 22 parlementaires britanniques.  
  4. La Chicana-Chicano Studies Foundation.  

Le juge Yohn a refusé de tenir compte de ces mémoires en décrétant qu’ils n’étaient « ni utiles, ni nécessaires », alors qu’il s’agit d’une pratique courante.
S’il refusait également d’entendre les arguments de la défense concernant les nouveaux témoignages, deux recours se présenteraient à Mumia :
 

  1. La Cour Suprême de Pennsylvanie (qui n’a jamais donné gain de cause à Mumia – cf. les appels).  
  2. La Cour Suprême des Etats-Unis.  

Mais il y a URGENCE : en 1996 le président Clinton a signé « The death penalty act« , une loi pour une peine de mort effective, qui permet de suspendre le droit d’appel, pour tout condamné à mort, au-delà de
la Cour Fédérale de District (situation actuelle de Mumia).
De plus, il serait extrêmement difficile de casser le jugement du juge Yohn, en cas de décision négative de sa part. Cette procédure passe par
la Haute Cour Fédéral « Third Circuit Court« .
Mais selon la « Death Penalty Act« , le juge John a la possibilité de demander à
la Haute cour fédérale de débouter la demande de Mumia.

A noter que le Juge william Yohn à été nommé par Georges Bush Senior.  



* Sonia Sanchez, poète et amie de Mumia, a témoigné en sa faveur en 1995.
Sonia Sanchez est à l’origine du National Day of Art.
Téléchargez l’appel de Mumia 911 – National Day of Art (format PDF) –
911 call
 



sources :  A life in the balance – The case of Mumia Abu-Jamal (Amnesty International 17-02-2000),
En direct du couloir de la mort (Mumia Abu-Jamal – La découverte),
25 ans avec Move (publié par
la Croix Anarchiste – Montréal et Just Justice – Tours),
Briefing Paper on the case of Mumia Abu-Jamal
 

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